
Les débats autour du plombier polonais lors de la dernière campagne référendaire européenne et les drapeaux
bleu blanc rouge hissés au nom "du patriotisme économique" lors de l'OPA inamicale de l'Indien Mittal sur Arcelor furent une nouvelle fois l'occasion de débattre à charge contre la mondialisation
(
en particulier de la part de nos élites politiques) .
Que de passion et d'hypocrisie dans des interventions où il est si simple d'accuser un phénomène qui s'impose à tous et de trouver là un alibi idéal pour cacher des manquements et flater les egos
nationalistes.
Pour dépassionner le débat, le CEPII (
Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales) a mis en place une série de débats sur la
mondialisation (
informations sur www.rdv-mondialisation.fr). C'est l'économiste Daniel Cohen qui a débuté ce cycle de conférences dont l'objectif est
d'analyser la mondialisation en sortant des poncifs et des discours simplistes.
Dans un article du MOCI (
le MOniteur du Commerce International), Sophie Creusillet, reprend quelques exemples qui illustraient
l'intervention de Daniel Cohen.
Ces illustations démontrent bien la complexité du phénomène mondialisation dont la réalité des effets (
positifs comme négatifs) et des
formes d'expression dépassent bien le simplisme des discours propagés :
Illustration 1 :
Le parcours d'une paire de Nike "Air
Pegasus"
- - Prix de vente Etats-Unis : 70 dollars
- - Salaire ouvrier indonésien : 2,75 dollars
- - Coûts de fabrication, matières 1ères, énergie et droits de douane : 13 à 14 dollars
A son arrivée à Los Angelès, la paire de chaussures revient entre 16 à 17 dollars
- - Publicité, marketing : 17 dollars
- - Frais distribution et marge : 35 dollars
A travers cette illustration, D. Cohen démontre le bouleversement de la chaîne de valeur
où le maillon fabrication ("
le faire ou le faire-faire") compte beaucoup moins que "
le faire désirer" et que la
prescription (
c'est à dire mettre les chaussures aux pieds des consommateurs).
On assiste également à une nouvelle division internationale du travail avec le manufacturier qui est sous traité, voire externaliser et les deux autres maillons de la chaîne de valeur qui restent
le "pré carré" de l'entreprise (
ou plutôt devrait-on parler de marque) car véritablement à l'origine de la création de Valeur Ajoutée
Illustration 2 :
L'emploi industriel en
France.
Cette illustration part d'un constat : au cours des années 90, les emplois industriels ont baissé d' 1/3. Environ 10 à 15 % de ces emplois perdus relèveraient de la
mondialisation. La majeure partie de la perte d'emplois dans ce secteur s'explique à la fois par la désindustrialisation de notre économie et par un nouveau paradigme technologique :
l'informatique.
Cette révolution technologique a bouleversé les modes de fonctionnement des entreprises en particulier en morcelant aux quatres coins de la planète la chaîne de valeur de leurs activités.
Ces constats et illustrations ne metttent pas la mondialisation à l'index mais caractérise bien notre incapacité à repenser nos politiques industrielles et structurelles dans
un monde où tout va plus vite et où les PVD d'hier apparaissent comme les géants et chefs d'orchestre économiques de demain.
Mais c'est si simple et si tentant de dire "
c'est la faute à la mondialisation"...